Charles-Jehan de Penfentenyo [1936 – 1950)] (1872 – 1950)


L’article contenu dans le numéro précédent de l’Estran a été consacré au contexte historique du mandat et la biographie de Jehan de Penfentenyo (1872 – 1950). Cet article porte sur ses réalisations municipales avant, pendant l’occupation et après la fin de la guerre 1939-1945.


Son équipe

Pour mener à bien son programme Jehan de Penfentenyo s’est appuyé sur un conseil municipal qui a subi quelques modifications au cours du mandat. De 1935 à 1941 il eut pour adjoints Corentin Le Lay (rue du Petit Port) Louis Cariou (Kerléo) Louis Folgoas (Quemeur). Par arrêté préfectoral du 8 avril 1941, confirmant les conseillers élus, deux membres supplémentaires Louise Le Berre et Joseph Salaun qui participèrent activement à l’accueil des réfugiés et à l’œuvre du colis du prisonnier furent nommés au conseil. Par arrêté du 29 septembre 1944 ils furent remplacés par des membres de la Résistance locale Yves Coupa, Étienne Prigent ; mais ceux-ci refusèrent de siéger. A l’issue des élections du 13 mai 1945, Marie Toulemont et Marianne Le Pavec furent les premières femmes à siéger dans l’assemblée. Les adjoints issus de ces élections et de celles du 19 octobre 1947 furent Sébastien Guiziou, Jean-Louis Autret et Noël Le Floch. Le poste de secrétaire de mairie fut assuré jusqu’en 1945 par Sébastien Guiziou puis par Yves Le Reun. Ceux-ci étaient assistés de Maurice Gloaguen, d’Anna Stephan et d’Yves Keraël. Jean Cariou remplit les fonctions de secrétaire-stagiaire pendant l’occupation, jusqu’à son départ aux armées.


Ses réalisations

- Voies de communications

La route VC2 menant du bourg à la cale fut élargie à hauteur de Ti Glas qui perdit ainsi son antique manoir.La chapelle de Porz-Bihan dont la démolition était envisagée par la municipalité précédente, fut conservée, tout en étant réduite de la moitié de sa longueur. Le 21 avril 1938, l’ensemble constitué par cette chapelle et le cimetière entourant l’église fut répertorié comme « site classé ». Ainsi prit fin la longue polémique qui opposa pendant un siècle les partisans de la démolition de Notre-Dame de Porz-Bihan et ceux qui militaient pour sa conservation.


La VC 10 menant au phare de Langoz fut élargie. Deux nouvelles voie d’accès, la VC 16 menant de l’hôtel Prat à la plage dite du Coadigou et la VC 11 menant à Kergall furent construites de toutes pièces. Les chemins ruraux d’Istrevet Kerloc’h et du Traon furent refaits. La VC 5 reliant Hent -Croas à Larvor (d’une longueur de 5 kilomètres) dont les travaux furent interrompus pendant la guerre fut terminée en 1950. La desserte de Loctudy par autocar fit l’objet de toutes les attentions. Ainsi en 1945 le conseil demanda que la liaison avec Quimper soit améliorée de façon à ce que les voyageurs puissent bénéficier de la correspondance avec les trains à l’arrivée et au départ de Quimper.


- Port et littoral

Le 23 août 1939 fut inauguré le nouveau quai Nord. En 1945 fut voté un vœu pour que le port de la cale soit à nouveau utilisé pour l’embarquement des pommes de terre. En 1950 l’agrandissement de ce port, « qui y abrite la flottille locale mais aussi de gros bateaux des ports voisins », fut demandé. La plage de Langoz dont les dunes souffraient des assauts de la mer fut aménagée ; une digue de protection y a été construite. Il fallut surmonter l’opposition du propriétaire d’une cabine de bain qui refusait sa démolition. Le maire intervint auprès du locataire du terrain sis au nord de la plage pour qu’il maintienne un passage de 15 mètres à l’arrière de la dune de façon à permettre l’utilisation du site par les goémoniers et par les baigneurs. Son action ne fut pas couronnée de succès.


Les travaux de déroctage étant terminés en 1948 la cale de Poulluen fut ouverte aux marins de Larvor. Le site défraya la chronique locale et reçut de nombreux visiteurs lors de l’échouage le 10 février 1940 d’une baleine de 24 mètres de long. Des travaux furent effectués à plusieurs reprises en 1936 et 1938, avec la participation financière de propriétaires du Ster-Kerdour, pour conforter les dunes de Beg Gwen malmenées par les tempêtes.


- Hygiène publique

La première mention de la collecte des ordures apparaît dans une délibération du conseil municipal en date du 28 juillet 1939 par laquelle le maire attirait l’attention du conseil sur ce « qu’il n’existe au Bourg, à la Cale à Poulpeye, aucun service d’enlèvement des ordures ménagères et que de ce fait les riverains font dans tous les coins, des dépôts dangereux pour la santé publique. « Après avoir délibéré, le conseil décida la création d’un service de répurgation au moyen d’un tombereau qui passera en été trois fois par semaine à ces endroits et une fois en hiver».


Ce service fut concédé à Alphonse Coupa (tonton Jos) qui utilisant un attelage, tiré par son légendaire cheval « Canard » déposait les ordures en un lieu situé près de Kerilis et appelé « Toul Canard ». La première mesure d’assainissement a consisté en l’achat d’un tombereau-tonne pour l’évacuation des eaux usées.


- Équipements collectifs

L’exécution du programme de travaux qui avait été lancé avant la guerre (construction de la VC5 et extension de l’électrification) fut repris à la libération. En 1941 dans le cadre du plan d’équipement national la municipalité avait inscrit : l’agrandissement du cimetière, la construction d’une nouvelle mairie, l’électrification des écarts (hors bourg, la Cale et le Suler) et la défense contre la mer.


Une des réalisations majeures du mandat ; l’électrification de Larvor terminée en 1950 a été réceptionnée par le maire peu de temps avant sa mort. Cet investissement, fortement apprécié par les utilisateurs fut réalisé dans le cadre du SIVOM. Les travaux d’extension du réseau d’eau potable ont également été entrepris dans les « écarts ».


Des terrains sis à Kerlanik (1939) à la Forêt (1942) à Kerilis furent pris en location pour servir de stade aux équipes de football (l’Union Sportive Loctudiste et la Phalange Loctudiste, crée en 1947 au sein du patronage).


Le cimetière a été agrandi coté sud par acquisition d’une partie du jardin du presbytère. Le 29 octobre 1950 le conseil donna mandat au maire pour acquérir et combler la prairie appartenant à Madame de Carfort (actuelle place des Anciens Combattants) « A cet endroit sera aménagée une magnifique place publique avec vue sur la mer ». Telles furent ses motivations de cet achat.


- Écoles

Une classe supplémentaire fut crée en 1944 à l’école des garçons du bourg, qui se situait comme la mairie place de la Liberté.


Le général de Penfentenyo et les membres de son conseil assistèrent le 30 octobre 1938 à l’inauguration par monseigneur Duparc, évêque de Quimper et de Léon, de l’école Saint-Tudy. La construction de cet édifice conçu pour l’enseignement primaire des garçons et pour l’hébergement d’une colonie de vacances, s’effectua en quatre mois. L’abbé Mevellec, recteur de la paroisse de 1932 à 1954, joua un rôle majeur dans la réalisation de cette école dont la direction fut confiée aux frères de Saint-Gabriel.


Pendant l’occupation un lycée dont l’histoire est narrée dans le bulletin numéro 29 a fonctionné à Ker-Kerrek pour procurer un enseignement secondaire aux adolescents repliés à Loctudy pendant la guerre.


En 1949 le conseil s’opposa à la gémination à l’école du bourg (regroupement des garçons et des filles de 7 à 8 ans « qui ne manque pas d’être dangereux en dépit de la surveillance scrupuleuse des maîtres »). Malgré cette opposition de principe, il accepta une mixité provisoire pour tenir compte de la santé déficiente d’une institutrice. L’accord a été donné à l’hébergement pendant l’été à l’école de Larvor, où une classe enfantine fut ouverte en 1949, d’une colonie de vacances de Scaër.


- Culture bretonne

Le 19 janvier 1936, le conseil vota un vœu pour l’enseignement de la langue bretonne dans les écoles de Basse-Bretagne. Une association apolitique « Ar Brezoneg er skol » avait mené campagne dans ce but auprès des conseils municipaux. Un article a été consacré à ce sujet dans l’Estran – numéro 23. Par contre le 9 mai 1943 il différa le vote d’une adresse au chef de l’État visant à la création de la province de Bretagne (dans la limite des cinq départements et non de quatre comme elle était conçue à l’époque) dans le cadre de la France. Ce texte contenait également diverses propositions relatives à la création d’une assemblée régionale et à l’enseignement du breton et de l’histoire locale.


- Police des plages

« Préoccupé par l’ordre, la moralité publique et la décence, soucieux de protéger les corps qui courent des dangers en cas d’exposition massive et inconsidérée au soleil », le maire a dans un arrêté du 15 juillet 1935 décidé que « les baigneurs des deux sexes doivent être revêtus d’un costume de bains voilant la partie supérieure des jambes, des bassins et du torse ». Les contrevenants risquaient d’être poursuivis conformément à la loi. Si cette directive se caractérise par son souci de rigueur vestimentaire, elle n’en contient pas moins une mise en garde, innovante à l’époque, contre les risques de l’exposition prolongée au soleil...


- Service d’incendie

Durant le mandat, une attention particulière a toujours été portée au corps des sapeurs-pompiers, commandé en 1945 par Jean Toulemont de Poulpeye. Ainsi le 18 juin 1947 le conseil décida de procéder au remplacement du matériel détruit pendant la guerre et d’offrir un repas aux sapeurs- pompiers à l’occasion de la fête du 11 novembre.


- Subventions et budget

L’analyse des subventions attribuées par la municipalité permet de cerner les activités qu’elle souhaitait favoriser au plan économique :

- Tourisme 24 novembre 1935 : 300 francs au syndicat d’initiative de Pont-l’Abbé pour favoriser la venue de touristes à Loctudy par une publicité aussi large que possible.

- Goémon : 200 francs au syndicat des goémoniers.

- Dentelle 2 juin 1939 : 200 francs à la chambre syndicale de la ganterie en vue « de protéger une industrie dont vit une grande partie de la population côtière ».

- Loisirs : 21 juin 1936 400 francs à la lyre Sainte Cécile crée en 1931 qui regroupait 80 enfants.

- Animations : 30 mars 1937 : 2 500 francs au comité des fêtes qui à l’époque était essentiellement composé de commerçants, 200, a la société de course de chevaux de Pont-l’Abbé qui connaissait une grande activité notamment le lundi du pardon de Tréminou.

- Nautisme : 30 mai 1937 : 500 francs au Cercle Nautique Loctudy-Île-Tudy, nouvellement créé.

- Sports : à l’union sportive Loctudiste et à la Phalange Loctudiste (10 000 francs en 1950).

- Solidarité : des aides ont été accordées à la Croix Rouge pour les blessés militaires au comité d’entraide des mobilisés bretons ; a l’arbre de Noël, des enfants des écoles publiques, à des apprentis des familles démunies, au comité d’entraide aux prisonniers de guerre, aux Hospitaliers sauveteurs bretons.


Administrateur avisé, Jehan de Penfentenyo prit rapidement conscience de la place que le tourisme allait avoir dans la vie économique de la commune. C’est pour cela qu’il restructura la plage de Langoz qui était à l’époque le site le plus fréquentée par les baigneurs.

Il eut à cœur de développer les routes pour faciliter le transport des récoltes produites par une commune alors orientée vers l’agriculture, plus particulièrement la culture des primeurs.

Pour autant il se préoccupa du devenir des ports de façon à accompagner le développement de la pêche.

Soucieux d’améliorer le cadre de vie, il prit les mesures visant à étendre progressivement sur le territoire de la commune, la fourniture d’électricité et d’eau potable et les voies de communication.

Bien qu’atteint par la maladie qui devait l’emporter, il poursuivit son action jusqu’au bout. C’est ainsi qu’il présida son dernier conseil municipal le 29 octobre 1950. Le 5 novembre, soit sept jour avant sa mort, comme l’avait fait son grand-père Alphonse, il rédigea un testament politique qui a été inséré au registre des délibérations du conseil municipal. Dans ce message d’adieu, il déclarait « qu’il s’était efforcé d’administrer la commune en bannissant toute politique qui divise en tenant la balance égale entre tous, en respectant les convictions de chacun ».


La foule qui se pressait à ses obsèques durant lesquelles les honneurs militaires furent rendus par une section de parachutistes de Quimper, témoignait par sa présence l’estime qu’elle lui portait. Pris entre « le marteau et l’enclume » ainsi que l’écrivait en 1948 Pierre Tremintin, président des maires de France, il prit, comme les maires de l’occupation des risques, pour protéger la population, face à une administration compromise et à un occupant intraitable. A ce titre Loctudy lui doit beaucoup.


Sources

- Ouvrages historiques sur le Finistère, la Bretagne et la France.

- Presse de l’époque : Le Progrès du Finistère, Le Citoyen.

- Opuscule de Serge Duigou : Loctudy.

- Hier Loctudy, Mouezh ar vro.

- La vie politique en pays bigouden entre deux guerres par Laurent Paubert (Editions Hanterion).

- Bulletin municipal N°1 de Loctudy : articles historiques de Sébastien Guiziou.

- Le Finistère dans la guerre 1940-1944 (La Découvrance Editions).

- Registres de délibération du conseil municipal de 1935 à 1950.

-Historique de la guerre 1939-1945 dans le Pays Bigouden Sud – Hervé Bargain.

- Témoignages oraux Jean Cariou.

- Une très ancienne famille de Bretagne : Les Penfentenyo - Diffusion Breizh par Valentine de Penfentenyo.

(Une très ancienne famille de Bretagne : les Penfentenyo / Penfentenyo, Valentine de, . - Diffusion BREIZH : Spiret, 1990. - (179 p. : ill. ; 30 cm). - ISBN 2-9504753-1-0).

- Allocution prononcée par Sébastien Guiziou, son 1er adjoint et son successeur, lors des obsèques de Jehan de Penfentenyo.