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Les métamorphoses du balisage de la roch
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Notes topographiques de Jacky Mariel :

12° La (les) Perdrix
A l’entrée de l’estuaire, veille, sentinelle muette, l’imposante et toujours fascinante silhouette des « Perdrix ». Avec ses 64 cases blanches et noires interrogeant l’horizon, cet « échiquier » de la mer surgit d’entre les roches dans un paysage tout en platitudes.
« Les glugers », comme l’écrivent, en franco-breton, les ingénieurs géographes de Louis XVI (1780) est une cacographie (écriture fautive) traduite ultérieurement par « Les Perdrix », qui se dit en breton « Klujiri » ou « Klujeri », « Klujar » au singulier. Les mêmes envoyés du roi, probablement non-bretonnants, s’informèrent sur place comme le font tous les géographes et confondirent sans doute les mots « klujar » et « kleger » à consonance quasi- similaire.
Les A.H. définissent sans ambiguïté le mot « kleger » : « désigne un entassement de gros rochers ; ce terme s’emploie uniquement pour des roches à terre ». Fin de citation. On le voit plus nettement sur la photographie de la tourelle verte « Les Perdrix » dans une anse boisée du Trieux (Goëllo, région de Paimpol). Il existe sur les rivages bretons cinq « klejer » (nord ouest du Finistère et deux « Perdrix » (ci-dessus) implantés de manière identique.
Historique simplifié.
Les Phares et Balises nous précisent les trois phases de construction et d’activité du site des Perdrix :
- 1865 – 1884 : mise en place d’une sorte d’espar mâté sur un socle de béton et peint en blanc et rouge. Atteignant cinq mètres de haut, il était surmonté par un baril en position verticale.
- Avril 1885 : balise en maçonnerie, peinte en rouge, sept mètres de hauteur.
- 1914 : construction du monument actuel, peint en rouge. Le tronc renferme la balise précédente. Le plan focal culmine à 17,40 mètres au-dessus du niveau le plus bas de la mer.
- 25 février 1915 : premier allumage. Mise en route du « feu de la perdrix » grâce à de l’huile minérale (schistes bitumeux). Ensuite pétrole, puis gaz. - 1984 : électricité (aérogénérateur)
Actuellement le feu se trouve désaffecté, mais, revanche du sort, devient un amer incontournable et aussi un emblème local, avec ses damiers (1947) qui le rendent unique et en font sa célébrité.

Cartes postales d'avant ou après 1947  ?


 

Historique des Perdrix

Pour la plus grande joie des habitants de Loctudy et de L’Île-Tudy, les Perdrix ont retrouvé leur tête. Cette tourelle est en effet un puissant symbole de l’identité des deux cités qui ont Tudy comme fondateur et qui se partagent l’embouchure de la rivière connue autrefois sous le nom de THEIR ou de TEÏER (TEÏER en breton féminin de tri – trois : la rivière comporte en effet trois bras).

En attendant l’inauguration le 14 août 2003 de cette rénovation qui efface une décapitation , il nous a paru opportun de retracer l’historique de ce prestigieux amer. Sur les cartes les plus anciennes dont une de 1750, ce plateau de rochers est mentionné sous le nom « les GLUJERS », nom des perdrix en langue bretonne. On peut formuler une hypothèse pour justifier cette appellation ; à marée basse, cette multitude de petits rochers peut évoquer une compagnie de perdrix accroupies dans un champ. Nos anciens ont fréquemment donné le nom d’un animal à une roche caractéristique (exemple « ar GAZEG » - la jument, « al LEUE » - le veau…).

Bien que cet écueil constituât de tous temps un sérieux obstacle à l’entrée dans Loctudy, nom générique donné autrefois aux ports de commerce de Pont l’Abbé et de pêche de L’Île-Tudy, il fallut attendre 1872 pour qu’il soit signalé. La première réalisation fut un espar (une perche en bois) surmonté d’un tonnelet : maigre amer pour baliser l’entrée d’un estuaire qui connaissait une forte fréquentation. Depuis la création en 1850 du quai de Poulavillec (la Cale), de nombreuses goélettes y ont transité pour débarquer du charbon du Pays de Galles et pour charger des pommes de terre à destination de la Grande Bretagne. Il n’est donc pas étonnant que la perche ait été renversée lors d’un abordage en 1884. Une petite bouée de liège est alors mise en place provisoirement pour signaler la présence de l’écueil.

En 1886, une balise du type de celle de MEN-DU, surmontée d’un voyant sphérique de 0m80 de diamètre est alors édifiée. Elle n’est pas suffisante car le 28 mai 1899 la goélette «Saint Louis» d’Auray, en provenance de Cardiff avec un chargement de 73 tonneaux de houille s’y échoue. Pour éviter de tels accidents, l’administration des phares et balises, à la demande des municipalités de Loctudy et de L’Île-Tudy qui se préoccupaient du balisage de l’entrée de leurs ports, décidait de construire une tour de 17m40 de haut surmontée d’un feu permanent. Peinte en rouge elle commença à fonctionner le 25 février 1918.

C’est en 1947 que les Perdrix furent revêtues de damiers noirs et blancs. En 1982, pour respecter les nouvelles règles de signalisation maritime (rouge à bâbord et vert à tribord en rentrant dans un port), elle eussent dues être peintes en vert. Cette modification fut catégoriquement refusée par les habitants des deux rives de la TEÏER. L’administration compréhensive satisfit ce vœu en arguant de ce que les «damiers noirs et blancs font la célébrité du feu des Perdrix».

En 1986, lors du remplacement du gaz par l’électricité (les sources d’énergie furent successivement, l’huile minérale, le pétrole) un aérogénérateur surmonté d’une girouette fut placé en haut de la tour et lui donna la physionomie que nous avons connue récemment.

En 2000, à la demande pressante de la municipalité de Loctudy, du conseil du port de pêche et du conseil général du Finistère, préoccupés par les fréquents échouages de bateaux dans le chenal à marée basse, l’administration des phares et balises à réalisé un nouveau balisage constitué par des bouées vertes et rouges. Les Perdrix perdirent leur tête et furent déclassées. Les municipalités «tudystes» demandèrent alors que l’édifice leur soit concédé en tant qu’élément caractéristique de leur patrimoine. Satisfaction leur a été donnée et sur les plans de M. Longvilliers architecte, les Perdrix ont retrouvé, avec la tourelle octogonale de 1918 surmontée d’une girouette, leur aspect traditionnel.

(Remerciements à Jean Marie Robin qui a fourni les éléments de cet historique).